Dans ma pratique de consultant, je vois des dizaines de petites entreprises accumuler les impayés sans savoir qu’elles ont laissé passer des délais butoirs. Elles ont des factures, mais pas de procédure de recouvrement formalisée. Résultat : perte de marge, relations dégradées et dossiers qui finissent prescrits. Ce texte vous évite ces erreurs.

Une facture impayée commence par une date d’échéance dépassée

Ce que disent les textes pour une facture professionnelle impayée

Une facture professionnelle est considérée comme impayée à la date d’échéance, pas avant. Si aucune date n’est convenue, le délai de paiement par défaut est de 30 jours après réception des marchandises ou réalisation de la prestation. Contrairement à une idée répandue, ce délai ne court pas à partir de la date d’émission de la facture.

Pour les produits périssables, l’exigence est plus forte : un délai plus court, adapté au produit, doit être appliqué. Dans mon métier, on prévoit toujours une date butoir contractuelle pour écarter les ambiguïtés.

Délai de paiement Situation
30 jours Dette B2B par défaut
20 jours Produits périssables
45 jours fin de mois ou 60 jours calendaires Si prévu au contrat

Un conseil anti-consensus : ne fondez jamais votre relance sur la date de facturation. Vérifiez la date d’échéance réelle. Sinon, vous risquez de saisir le tribunal trop tard ou d’envoyer une mise en demeure vide de sens.

Le délai pour agir en justice ne court pas à la date de facture

La jurisprudence du 1er mars 2023 change la donne

Une créance se prescrit par 5 ans entre professionnels, et par 2 ans contre un consommateur. Le point de départ n’est pas la date de la facture, mais la fin du délai de paiement. La Cour de cassation l’a rappelé : l’action en justice commence à l’échéance de la prestation ou de la livraison, pas à la date d’émission. Autrement dit, le délai de prescription court à compter de la fin du délai de paiement.

Mon expérience du recouvrement le confirme : les débiteurs utilisent souvent cette confusion pour paralyser la procédure. Une injonction de payer déposée après la fin du délai de prescription est rejetée. Je l’ai vu trop souvent.

Point de vigilance : si votre client est un consommateur, le délai de prescription est réduit à 2 ans. Il court lui aussi à compter de la fin du délai de paiement, et non de la date d’émission. Ne vous fiez pas à un épais dossier de factures pour vous rassurer face à un particulier : la justice constatera rapidement la forclusion.

Pour un professionnel, le délai est de 5 ans. Autre piège : ne confondez pas délai de paiement et délai de prescription. Un paiement à 30 jours ne signifie pas que vous n’avez que 30 jours pour agir. Vous disposez de 5 ans, mais mieux vaut ne pas traîner : plus le temps passe, plus la preuve s’effrite et plus le débiteur s’habitue à ne pas payer.

La procédure de recouvrement avant le tribunal

La mise en demeure doit répondre à une forme précise

La solution la plus rapide dans ma pratique reste une relance directe par téléphone ou par courrier électronique. Mais elle ne suffit pas. Elle ne sécurise pas la preuve de votre demande.

Si vous n’obtenez pas de réponse, envoyez une mise en demeure en lettre recommandée avec accusé de réception. Elle doit mentionner la date de la créance, la somme due, le rappel de la loi et une nouvelle échéance laissée au débiteur, par exemple 15 jours. Sans accusé de réception, pas de preuve solide en cas de recours.

Alternative plus rigoureuse : la sommation de payer par commissaire de justice. Elle peut déboucher sur un titre exécutoire si elle est suivie d’une ordonnance du juge. Dans mon travail, la sommation déstabilise souvent le débiteur, qui réalise que le dossier devient sérieux.

Côté coûts, la rémunération du commissaire de justice est réglementée. En cas de retard, vous pouvez réclamer une indemnité forfaitaire de 40 € au débiteur si vos conditions générales de vente le prévoient, ainsi que des pénalités de retard. D’où la nécessité d’inclure ces clauses dès le contrat.

Saisir le tribunal compétent pour obtenir un titre exécutoire

L’injonction de payer et la procédure adaptée au montant

Si la mise en demeure reste sans effet, le professionnel peut saisir les tribunaux. Selon le cas, le tribunal de commerce s’occupe des litiges entre commerçants, tandis que le tribunal judiciaire intervient si le débiteur est un consommateur.

Pour une créance inférieure à 5 000 €, je recommande la plateforme Credicys : un recouvrement simplifié, en ligne et non contradictoire. Le débiteur peut contester, mais en pratique la procédure est efficace. Une absence de réponse vaut acceptation de la demande.

Le juge vérifie la recevabilité de l’injonction de payer. Elle n’est possible que pour une créance contractuelle, certaine, liquide et exigible. Une simple facture ne suffit pas. Vous devez fournir l’ensemble des justificatifs : le contrat, la facture et les CGV signés.

Je réserve parfois le référé-provision ou l’assignation en paiement pour des montants plus importants. Ces voies sont plus longues, mais elles permettent d’obtenir une provision après instruction. Le tribunal compétent est celui du siège du débiteur, sauf clause contractuelle contraire.

Le scénario le plus efficace, dans ma pratique de gestion d’entreprise : prévoir dès les CGV des pénalités de retard et l’indemnité de 40 €, programmer une alerte interne sur la date d’échéance et déclencher la mise en demeure à 8 jours. Gardez scrupuleusement les copies de factures, bons de commande et accusés de réception. Le recouvrement judiciaire vient en dernier, mais il ne réussit que si vous avez contractuellement verrouillé vos conditions commerciales et vos délais de paiement. Ne laissez jamais traîner un impayé : chaque jour écoulé coûte de la marge et augmente le risque de prescription.