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Crise économique ou crise de sens ?

 

Une crise sans fin...

Dans mon dernier éditorial, il y a déjà plus de quatre mois, j'annonçais, hélas, le retour d'une crise que les Etats disaient résolue grâce à de  spectaculaires  injections financières dans des banques au bord de la faillite... 
Voilà que ces mêmes Etats annoncent, soudainement, de concert, des dettes publiques record. Et qu'ils déclinent, sans vergogne, au mode impératif, d'uniques mots d'ordre : « rigueur » et « restrictions budgétaires drastiques ». 

En ces temps de crise et d'incertitude planétaires, ponctués d'incessantes "nouvelles" aussi changeantes que peu fiables -qui au lieu de délivrer une information véritable, fondée et étayée avec compétence, plongent bien plus souvent aux sources de la rumeur  et reflètent  sans distance,  ni analyse, la surenchère irresponsable à laquelle se livrent de cupides spéculateurs boursiers - il est difficile de ne pas avoir le tournis. 

Vous l'aurez compris, il appartiendra, une fois encore, aux citoyens de pallier, de corriger des décennies de dérives gestionnaires, qui sont le fait d' États aliénés aux logiques des organismes financiers, passés maîtres en l'art de la manipulation.
Une voie qui se révèle d'ores et déjà risquée, et pour le moins annonciatrice de troubles sociaux et de souffrances humaines aux conséquences imprévisibles. 

Y a t-il encore du sens dans tout cela ?

Comment ne pas se choquer de l'inanité des mécanismes étatiques mondiaux, toujours parfaitement inaptes à endiguer les flux boursiers, qui mettent à mal la condition des peuples ? Car, quoi que l'on prétende, cette inanité est l'une des causes, voire la cause majeure de cette crise.
Vous l'avez tous constaté, durant ces deux derniers mois, l'information n'a eu d'yeux que pour des problématiques financières auxquelles les experts, les plus chevronnés, finissent, eux-mêmes par ne plus rien comprendre : technicité excessive, analyses fluctuant au gré infiniment mouvant des hypothèses et selon des événements incontrôlables.

Contaminés par cette logique, les gouvernements, pris de panique, donnent l'impression d'avoir une seule et unique préoccupation : « coller » au plus près des critères financiers d'évaluation des agences de notations, qui - depuis que les États-Unis se sont vus déclasser par Standard & Poor's. - sont soudainement  devenus l'un des fondements, si ce n'est comme le fondement absolu, de toute gouvernance.

Face à ce grand spectacle qui n'intéresse jamais qu'une poignée d'initiés, la donne humaine est reléguée à la marge. 
Oser évoquer la notion de  solidarité, à l'heure où les conséquences dramatiques de la crise frappe de manière cruciale l'humanité en son entier, que ce soit en Europe qui voit progresser précarité et paupérisation, ou dans la Corne de l'Afrique où sécheresse et instabilité politique créent une situation désastreuse, oser cela devient une gageure relevant quasi de l'indécence ! 

Comment s'intéresser seulement à la santé financière des banques alors qu'au même moment, à quelques encablures de l'occident, la violence des guerres, les fléaux climatiques et les crises humanitaires ravagent l'Afrique, tuent, affament, déportent ses habitants ou les contraignent à un exil dont l'issue est bien souvent le naufrage ou  la noyade en Atlantique ou en Méditerranée ? 

Tout cela est consternant, et franchement obscène. Obscène parce que les images de mères et d'enfants, qui n'en finissent pas de mourir, ne viennent cyniquement susciter l'émotion qu'au moment précis où il est trop tard, alors que ne subsiste plus que l'espoir ténu de survivre quelques jours, quelques heures encore, au bout de la faim... Au bout de la vie ! 

Il y a plus d'un demi-siècle que, d'une sécheresse et d'une famine l'autre, on crève avec application dans la Corne de l'Afrique, sur fond de guerres civiles, de désintégration des Etats, ou de pression islamiste (Ethiopie, Somalie, Soudan). De la Somalie au Kenya, en passant par l'Ethiopie, 12 millions de personnes se trouvent à la limite de la survie, incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires. 

En Somalie, 29 000 enfants sont morts ces trois derniers mois, parce que les islamistes Al-shebab, avatar local d'Al-Qaida, interdisaient l'accès du territoire qu'ils contrôlent aux ONG et à l'aide du Programme Alimentaire Mondial ! 
Selon l'ONU, une aide supplémentaire urgente de 1,4 milliard de dollars serait nécessaire pour endiguer le fléau. 

Investir en l'humain 

Edgar Morin professe qu'« enseigner la compréhension entre les humains est la condition et le garant de la solidarité intellectuelle et morale de l'humanité. » 
Nous devons agir selon ce postulat, qui en appelle à la responsabilité morale et éthique de chacun d'entre nous. 
Je voudrais le dire, une fois encore, la solidarité (avant de relever de l'humanitaire et du caritatif) est la base de tout « contrat social ».
Sans elle tout fondement juridique et sociologique du groupe se fait vain, sans elle toute organisation humaine tombe  dans  l'arbitraire. 
Lorsque la diplomatie et la communauté internationale se montrent frileuses et rétives à l'action, il nous incombe, à nous autres individus, d'assurer cette solidarité fondatrice, de sauver ce qu'il y a d'humain en l'humain.
Il nous incombe de rendre aux hommes leur dignité, en leur restituant  le sentiment d'appartenir au genre humain, de participer de la condition humaine.  
A l'heure où l'humanité ne  pense plus son avenir qu'en des termes comptables, il est temps de revenir à son essence même.
Car la seule monnaie d'échange qui vaille, la seule valeur sûre qui jamais ne s'effondrera sur aucune place boursière, c'est  l'Homme !

Oser investir en l'humain, telle est l'unique perspective pour le salut de l'humanité.